Au coeur de la harde

Il y a des moments dans la vie d’un chasseur d’images qui marquent plus que d’autres. C’est le cas quand tu arrives à pénétrer l’intimité d’une espèce, par l’affût, ou – plus rarement – à l’approche, sans dérangement notable.

Ce matin, j’ai passé près d’une heure et demie en compagnie d’une harde de biches et de son cerf. Après un départ de nuit, j’ai suivi tranquillement la progression des bêtes, puis j’ai pris mon temps pour approcher, à bon vent, cette troupe qui s’était remisée au cœur du taillis avec l’arrivée du soleil. Pour les derniers mètres, j’ai progressé sur les coudes et genoux sur une agressive pierraille calcaire. Dans ce milieu, les photos se méritent ! Puis il arrive un moment où il ne faut pas être gourmand ; derrière quelques buissons, j’étais alors aux premières loges pour assister au spectacle sauvage…

Le cerf bramait régulièrement en chassant avec fracas les jeunes mâles qui osaient s’approcher du périmètre de l’éclaircie au milieu des chênes. Biches et jeunes de l’année broutaient paisiblement, secouant leurs grandes oreilles pour chasser les mouches encore pénibles en cette fin septembre.

Cela faisait déjà plusieurs dizaines de minutes que j’étais en place, sans bouger, le nez derrière le viseur, quand j’ai senti une présence à ma gauche… tournant tout doucement la tête, je vis un faon qui vint se coucher à 3 – 4 mètres… Il est resté une heure à côté de moi, pendant que j’observais le reste de la harde.

La chaleur s’intensifiant, tout ce petit monde a gagné progressivement des taillis plus touffus, en ubac. Mon petit faon est parti lui aussi ; je ne les ai pas suivis, dépliant mes genoux meurtris avec délectation et savourant l’instant.

Spéciale dédicace à toi qui connaît la valeur de ces moments…

Le daguet, chassé par le gros mâle, est arrivé droit sur moi ; surpris, il m’a laissé lui tirer le portrait

  

C’est pour des instants comme celui-ci que l’on passe des heures à crapahuter, depuis toutes ces années…

 

D’oreilles et de bois, Alpes de Haute Provence, le 23 septembre 2011

 

Cette biche avait deviné la forme cachée derrière les toiles de camouflage. Elle a eu l’obligeance de ne pas juger bon de sonner l’alarme.

 

Il est resté sagement couché près de moi toute la durée du spectacle

 

Le cerf pousse son brame au cœur du taillis, marquant sa domination sur le périmètre interdit

 

Plus tard dans la matinée, sur le chemin du retour, j’ai levé ce gros 16 cors

 

~ par jeromeluccioni le 23 septembre 2011.

3 réponses to “Au coeur de la harde”

  1. Je trouve la dernière photo tout simplement magnifique, je suis preneur d’un exemplaire papier pour accompagner mes journées dans mon bureau ;-)

  2. Beau à pleurer. Tu ne devais plus savoir où regarder, enfin pas besoin d’en dire plus ;)

  3. Bravo pour ces photos. Elles sont splendides.

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